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BIRMANIE: Point de vue d’un avocat sur la conduite de la justice

POUR PUBLICATION IMMEDIATE
AHRC-ETC-001-2011-FR
février 1, 2011

Entretien avec un avocat birman conduit Par La Commission asiatique des droits de l’homme.

BIRMANIE: Point de vue d’un avocat sur la conduite de la justice

J’exerce en tant qu’avocat en Birmanie depuis 2005. Je traite toutes sortes de cas, même si j’ai plus souvent travaillé sur des cas de droit pénal que sur des affaires civiles ou des cas d’abus des droits fondamentaux de la personne.

Quelle est votre expérience vis-à-vis des cas d’abus de droits de l’homme?

Il existe une différence entre les cas ordinaires et les cas concernant des abus des droits de l’homme. Dans ce dernier cas, les tribunaux et les juges sont soumis à des pressions du gouvernement. Dans l’un des cas j’ai représenté, on ne m’a pas permis de présenter des arguments oraux à la cour. On m’a seulement permis de présenter des arguments écrits. De plus, on m’a refusé l’opportunité de rencontrer et de discuter directement avec mon client. Dans ce genre de situation, un procès libre et équitable ne peut avoir lieu.

J’ai appris que l’équipe d’assistance juridique de la Ligue nationale pour la Démocratie dirigée par le prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi doit monter des réseaux d’avocats à travers toutes les régions de Birmanie. En tant qu’avocat, que pensez-vous de ce réseau ?

Mettre en place un réseau d’avocats est un bon commencement. En effet, à partir du moment où nous travaillons en réseau il est possible de mener des discussions plus étendues sur les lois et les questions juridiques. Ces discussions nous permettrons d’avoir une idée plus précise des conditions de vie des gens et des lois qui doivent être modifiées. Il y a de la force dans un groupe et c’est bien mieux de travailler ensemble en tant qu’équipe plutôt que de travailler seul. Et à partir du moment où nous avons établis des réseaux nationaux, nous pouvons sensibiliser la population au respect de leurs droits tant civils que constitutionnels.

J’ai appris que vous n’aviez pas seulement travaillé à la défense de cas d’abus de droits de l’homme mais aussi appris aux gens quels étaient leurs droits. Comment procédez-vous?

Au cours de mes voyages à travers les régions de la Birmanie je rencontre beaucoup de gens différents, des travailleurs journaliers ou des fermiers par exemple. Je leur explique quels sont leurs droits en tant que citoyens, parce qu’ils n’ont pas même de connaissances basiques des lois. Dès qu’ils sont conscients de leurs droits, ils se rendent également compte de la façon dont ils ont été abusés. Par exemple, les ouvriers doivent travailler huit heures par jour. Quand ils sont forcés de travailler plus de huit heures pour le maigre salaire de 30000 kyats (US$30) par mois, ils se rendent compte que leurs employeurs ont profité d’eux. Donc, une plus grande conscience de leurs droits peut encourager le développement de conditions de vie plus justes pour eux.

Quelle est votre opinion vis-à-vis de la corruption des juges et des avocats en Birmanie ?

Cela dépend des personnes. J’ai vu beaucoup de juges honnêtes. Mais d’un autre côté, certains juges, certains procureurs et certains policiers ont accepté plus de 100000 kyats (US$100) comme pot-de-vin de la part du client avant que le cas ne soit décidé.

Si le plaignant veut obtenir la permission d’engager un avocat privé, il ou elle doit payer au moins 30000 kyats (US$30) aux procureurs et au moins 6000 kyats aux fonctionnaires concernés pour obtenir les quelques timbres nécessaires ou pour quelques travaux de dactylographie. Certains avocats sont également corrompus et sont de connivence avec les juges : quand ils acceptent de traiter un cas cas ils doivent donner environ vingt pour cent du règlement aux juges, aux procureurs de la République et à la police une fois le cas jugé. C’est la réalité de la situation dans mon pays aujourd’hui. La justice peut seulement être rendue si les juges, les procureurs, les avocats et la police agissent en bonne foi et de façon honorable.

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Les vues partagées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles de l'AHRC et l'AHRC n’accepte aucune responsabilité pour celles-ci.

À propos de l’ AHRC: L’ Asian Human Rights Commission (Commission Asiatique des Droits de l’Homme) est une organisation non-gouvernementale régionale qui milite pour le respect des droits de l’homme en Asie. Le groupe basé à Hong Kong a été fondé en 1984.

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